Une maison vigneronne

Lorsque j’étais petite fille

les promenades dominicales nous amenaient souvent par là bas ;

déjà la maison n’était plus habitée ;

mais les mauvaises herbes ne nous faisaient pas peur et c’était le

plus beau champ d’exploration que nous pouvions souhaiter ;

chaussés de ces magnifiques bottes en plastique de la marque « le chameau »

a la fabuleuse couleur kaki bouseux,

nous partions avec mes grands frères en chefs de meute,

prêts à tenir tête à une armada de couleuvres endormies

sous le soleil de printemps ;

elle ressemblait à une belle endormie,

petite maison de cet Entre-Deux-Mers magique ;

une étable pouvant accueillir quelques bêtes, un minuscule chai de vinification,

un jardin potager,

un puits devant la maison, une pièce en bas avec une cheminée en pierre,

une autre pièce à l’étage, le tour du propriétaire était rapidement fait ;

une petite structure qui permettait à une famille de métayers,

comme on les  appellent ici, de vivre quasiment en autarcie ;

c’est drôle,

je me souviens maintenant du nom des derniers locataires :

la famille Gélineau !

et puis, et puis je m’en suis allée par monts et par chemins ;

certains de mes frères, eux sont restés ;

ils s’occupent  du vignoble familial qui jouxte Boniveau ;

et je « m’en reviens »,

désireuse de me réapproprier ce terroir qui m’a vu grandir ;

la terre y est féconde, mon grand père nous le disait ;

cette terre pleine d’argile a la couleur si particulière que jamais ni en Australie,

ni ailleurs je n’ai pu retrouver la même ;

certaines parcelles auront besoin d’être restructurées,

replantées pour assurer la pérennité de notre vignoble ;

la maison, avec sa magnifique vue à 180°C sera réveillée

tout en douceur pour ne pas perdre son âme ;

sans faire trop de bruit, nous tâcherons de prendre nos marques

tous ensemble ;

.

soleil_de_novembre

soleil de novembre

.

le jardin devant la maison ?

quelques hectares de cabernet, de petit verdot

(cépage magnifique du Bordelais)

et, évidemment du merlot pour la rondeur ;

et là-bas plus loin dans les bois,

les sangliers et les chevreuils auront le loisir

d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte

avant que je ne m’aventure à les transformer en civet…